Les chroniques d’Escobar56

Chroniques hip hop, soul, pop/rock & black music.

M.O.P. – Foundation 14/20

avec 2 commentaires


Revenons à des choses plus ‘street’ avec le nouvel album studio des M.O.P. Des mois d’attente, une série de mixtapes sans succès, des actes manqués à la pelle, des contrats signés puis prématurément stoppés, la vie d’artiste est dure quand on s’appelle Lil’ Fame et Billy Danze. Depuis une dizaine d’années, les deux requins de Brownsville enchainent mésaventure sur mésaventure. Propulsés au plus haut grâce à leur hit « Ante Up » en 2000, les gueulards n’ont jamais su tirer profit de leur réussite. Leur signature sur l’écurie G-Unit Records en 2005 n’y changea rien, le second millénaire ne semblait définitivement pas fait pour eux. A tel point que leur retour annoncé pour cette rentrée 2009 sonnait comme une mini révolution pour les amateurs de gros flows. Arrivé dans les bacs le 15 septembre dernier, Foundation, leur cinquième opus, portait en lui l’espoir de voir revenir le Mash Out Posse à son meilleur niveau.

Un espoir rapidement étouffé médiatiquement par les deux ‘super sorties’ du 15 septembre : Jay-Z et Kid Cudi. Pas simple, on leur accorde, d’attirer l’attention sur soi après un si long passage à vide, qui plus est quand on est opposé à ces deux poids lourds (l’un confirmé, l’autre en devenir). Mais ça, Lil’ Fame et Billy Danze s’en moquent. Les tapis rouges, les soirées mondaines, les strasses et la gloire, ce n’est pas le rêve des M.O.P. Les deux potos vivent pour leur ‘hood’ (Brownsville), et ils entendent le représenter jusqu’à la mort. Transition parfaite pour commencer à parler de l’album et du premier morceau : « I’m A Brownsvillain » (prod. Nottz). L’intitulé parle pour lui-même, les lyrics sont hardcore et street, ca gueule, ca représente, en deux mots : ca tue ! Que les fans se rassurent, les fauves semblent avoir repris place dans l’arène. Cette entrée en matière fait plaisir car elle vient ponctuer une dizaine d’années de disette et d’infortune artistique. Foundation nous apparaît comme un retour aux sources, malgré les imperfections. C’est aussi les retrouvailles avec DJ Premier, producteur fétiche du groupe depuis le deuxième album, Firing Squad. Ici, l’ex Gangstarr pose sa patte sur le soulful et mélodieux « What I Wanna Be » (feat. Rell), samplant du Diana Ross au passage. Venant de lui, ce style feutré et mélancolique peut surprendre mais nul doute, la qualité y est.

Passé cet interlude R&B, on retrouve les M.O.P. dans un registre qui leur est davantage approprié : plus lourd, plus cru, plus hardcore. Démonstration sur les excellents « Blow The Horns » et « Stop Pushin », deux produits crédités Fizzy Womack, qui n’est autre que l’alias de Lil’ Fame quand celui-ci passe derrière les platines. Plus loin, Fizzy lâche un « Street Life » convaincant, et parfaitement dans l’air du temps. Malgré le refrain de Demarco passé à l’auto-tune, le binôme n’en perd pas pour autant sa street-crédibilité. Niveau prods, Lil’ Fame a.k.a. Fizzy Womack a franchi un cap. Ses trois instrumentaux respirent l’asphalte, sans tomber dans le sinistre ou le ‘déjà entendu’.

Mission également accomplie pour Statik Selektah a.k.a. ‘DJ Premier bis’. Le producteur de Grey Hairs (Reks) et All In A Day’s Work (Saigon) est sur la pente ascendante depuis environ deux ans. Sur Foundation, il livre l’oppressant « Crazy », agrémenté d’un couplet du ‘on ne peut moins’ charismatique Termanology. Mais son éclair de génie est ailleurs… Sur « Forever & Always », le producteur ressuscite le son new-yorkais post Mobb Deepien en lui donnant force et finesse.

Dans quasiment toutes les chroniques que j’ai pu lire à droite à gauche, on critiquait les M.O.P. pour leur perte de flow. Soit. Néanmoins, en écoutant et réécoutant cet album, je me suis aperçu que leurs beats se sont nettement ralentis. Des up-tempos d’antan, ils ont opté pour une majorité de mid-tempos mélodieux sur ce cinquième effort. Les gueulards seraient-ils fatigués ? Possible, ou peut être ont-ils tout simplement envie de plus de douceur. En atteste le corps du disque assez « tranquille » (tout est relatif) avec des pistes comme « Rude Bastard », « Brooklyn » ou « Street Life ». Faut-ils les blâmer de s’être assagi ou les encourager à aller dans ce registre qui, selon moi, leur va tout aussi bien ? Cette question est à méditer.

En revanche, si le ventre de l’album recèle de tempos soulful, la fin, elle, est aussi brute que le début. Sauf que là, c’est très mauvais ! Avec son « Bang Time » (feat. Styles P), DJ Green Lantern a dû penser qu’il avait composé LE beat qu’il fallait aux M.O.P, or c’est tout le contraire. On peine à tenir jusqu’à la fin du morceau tellement c’est brouillon et bruyant. De même avec les deux pistes suivantes : « Sharks In The Water » et « Riding Through ». La présence de Redman sur la dernière ne change rien à la médiocrité du son, c’est redondant, peu ou pas inspiré du tout et saoulant à souhait. Heureusement pour lui, DR Period se rattrape de son horrible « Sharks In The Water » avec l’ultime titre du disque « Salute A G ». Une note positive et assez west-coast pour en découdre avec ce cinquième opus.

Conclusion, débriefing, bilan des courses. Le Mash Out Posse est revenu à son niveau suprême ? Non ! Foundation est un mauvais album pour le binôme de Brownsville ? Non plus. C’est un retour encourageant après dix années de malchances ? Oui ! Ca ne fait aucun doute. Les fans de la première heure seront probablement déçus de cet essai, dans la mesure où il ne correspond pas totalement à ce que l’on pouvait attendre du crew. Cependant, pris dans son contexte, Foundation satisfait. Similairement à Tha Blaqprint de Blaq Po’, ce disque se savoure comme un produit authentiquement new-yorkais, avec tous les délices que le son east-coast peut contenir. Maintenant qu’ils sont retournés en indé (E1 Records/Koch), on espère que le futur leur sera radieux, afin qu’ils nous reviennent rapidement avec une tuerie comme ils savent les faire. C’est tout le mal que l’on souhaite à Lil’ Fame et Billy Danze en tout cas, car sans ces deux carnassiers, le rap game est bien moins drôle.

14 / 20

2 réponses

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  1. Je suis d’accord avec toi quand tu dis “Dans quasiment toutes les chroniques que j’ai pu lire à droite à gauche, on critiquait les M.O.P. pour leur perte de flow…… peut être ont-ils tout simplement envie de plus de douceur”, il y a des artistes qui font des sons bien lourd mais qui sorte un album peu après avec des sons plus doux et vice-versa.
    J’ai moyennement aimé cet album, je mettrai même pa 14.
    Ma note : 13.
    Mes sons préférés : “Foundation”, “Street Life” et “Forever & Always”

    RemY

    octobre 27, 2009 à 8:34

  2. Album mitigé. Je trouve pourtant que les mecs gardent un peu de rage mais les prods ne suivent pas… Bref tu connais mon avis Esco !

    Crazy Horus

    octobre 28, 2009 à 8:12


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