Les chroniques d’Escobar56

Chroniques hip hop, soul, pop/rock & black music.

Kid Cudi – Man On The Moon : The End Of Day 18/20

avec 8 commentaires


C’est l’histoire d’un jeune homme qui ne croyait pas seulement en lui même, mais aussi en ses rêves. C’est l’histoire de l’homme sur la Lune.

Scott Ramon Seguro Mescudi naquit le 30 janvier 1984 à Cleveland, dans l’Ohio. Il passa son enfance dans le foyer familial et mena une existence paisible jusqu’à ce que son père ne se fasse emporter par le cancer l’année de ses onze ans. Un traumatisme dont le gamin ne se remettra jamais vraiment. En vérité, ce décès provoqua chez lui un déclic qui modifia définitivement sa perception de l’humanité et de la musique. A vingt ans, Scott Mescudi quitta Cleveland pour Brooklyn. Déterminé à changer d’horizon, le jeunot se lança pour de bon dans le Hip Hop. Quatre années passèrent. Le gosse grandit, mûrit et se révéla. Le 17 juillet 2008, il rendit sa première copie : une mixtape sobrement intitulée A Kid Named Cudi. Alors que Scott Mescudi devenait Kid Cudi, “Day N Nite” déboula dans les charts. Le single connu un succès immédiat, les critiques l’encensèrent, le môme prit de l’importance. Très vite, il se démarqua des autres rappeurs en créant son propre univers. Bientôt, son style hipster et sa musique à part n’appartinrent plus qu’à lui. Man On The Moon survint alors, un jour se termina et un autre débuta…

C’est l’histoire d’un jeune homme partagé entre la Lune, les étoiles et la Terre. Une nuit, perdu dans ses pensées, Kid Cudi a fait un rêve, se laissant totalement emporter par son imagination. Man On The Moon : The End Of Day est le récit de cette expérience, l’histoire d’un homme rêveur attiré par le ciel, les nuages et l’obscurité du soir. On dit souvent que la nuit porte conseil, et c’est marrant car cet opus prend une tournure vraiment différente à partir du crépuscule. Quand le stress de la journée retombe et que les lampadaires des rues s’éteignent, l’homme de la Lune, lui, s’éveille. Kid Cudi est ce petit gars de 25 ans, ce marchand de sable mystérieux partagé entre ses rêves et ses cauchemars. Man On The Moon : The End Of Day est son premier album et il se pourrait bien qu’on en entende parler pendant très longtemps…

A proprement parler, ce disque est un ovni ! C’est simple, pour moi c’est l’Album représentatif du « nouveau Hip Hop ». En d’autres termes, l’œuvre de Kid Cudi marque le passage de témoin entre deux courants artistiques parfaitement distincts. Durant les trois dernières années où le Hip Hop n’a eu de cesse de se chercher une nouvelle évolution, je ne retiendrais qu’un seul projet : celui-ci. Selon moi, Kid Cudi est parvenu au résultat que des dizaines d’autres rappeurs essayent d’atteindre depuis trois ans. Depuis l’apparition du rap à la fin des années 80, au moins cinq mouvances artistiques se sont succédées. Celle qui tente de pointer son nez depuis quelques temps puise sa source dans l’électro et la pop music, et fait suite au mouvement soulful engendré par l’arrivée de Kanye West dans le game en 2004. Avant Kid Cudi, de nombreux artistes ont tenté d’amener cette évolution au Hip Hop mais se sont souvent cassés les dents. On pense notamment à T-Pain, Lil Wayne, Common (avec Universal Mind Control) et l’exemple le plus parlant : Kanye West. Avec du recul 808 & Heartbreak était un Man On The Moon raté. Certes, il possédait un vrai univers mais comparé à cette œuvre, il n’était qu’une esquisse de réussite. En quelques sortes – comme Jay-Z avec Kanye West – il y a eu passation de pouvoir entre le maître Kanye et l’élève Cudi.

Un classique se distingue dès la première écoute, quand il se passe quelque chose d’inhabituel dans les premières minutes. Et c’est précisément ce que m’a fait ce Man On The Moon : The End Of Day. Personne ne pourra nier qu’il tranche net avec le conformisme du rap de tous les jours. C’est d’ailleurs en cela que l’album déstabilise au début. Dès l’introduction (« In My Dreams »), un univers se crée. Kid Cudi plante le décor et ouvre les portes de son cosmos, suppléé par un discours introductif de Common. C’est le début de l’Acte 1.
Sur une production très planante d’Emile, son producteur maison, « Soundtrack 2 My Life » revient ensuite sur les vingt-cinq premières années du gamin. Un texte personnel qui annonce d’ores et déjà le message du disque.
Au commencement de l’Acte 2 – intitulé Rise of the night terrors – arrive le premier ‘cauchemar’. Les limites de l’expérimentation sont déjà repoussées. « Solo Dolo » est le morceau le plus lent de l’album, mais peut être aussi le plus poignant. Dans le petit monde de l’artiste, le couché du soleil a laissé place à une nuit noire. Fort heureusement, les mauvais rêves ne durent qu’un temps. « Heart Of A Lion » et « My World » (feat. Billy Craven) viennent ensuite aiguayer et conclure ce deuxième acte. Musicalement, on atteint des sommets. Kid Cudi, accompagné de ses producteurs fétiches (Emile, Free School, Plain Pat), nous emmène dans une dimension jusqu’alors jamais expérimentée par des artistes Hip Hop. On découvre, on plane, on voyage…

 ‘Taking a trip’ est l’intitulé du troisième acte, quasiment bâti sur le même schéma que le précédent. « Day N Nite » – second ‘cauchemar’ du disque – ralenti de nouveau le rythme de croisière avant que Kanye West ne le fasse repartir sur l’excellent « Sky Might Fall ». Les premiers signes du jour, quant à eux,  arrivent sur « Enter Galactic (Love Connection part.1) ». Par opposition, l’Acte 4 se distingue par des rythmiques nettement plus rapides, dues notamment à l’influence électro dans la production. Cette partie est aussi celle qui comporte le plus de morceaux (4 au total contre 2 ou 3 pour les autres actes). Les ‘cauchemars’ se font de moins en moins sombres, la musique s’harmonise et s’éclaircie petit à petit. En plage 11, « Cudi Zone » et ses violons virevoltants nous plongent dans la sphère cosmique de l’homme de la Lune tandis que sur « Make Her Say » (feat. Kanye West & Common), ce dernier opère un retour à des sonorités plus Hip Hop. « Pursuit Of Happiness » est la dernière grande envolée symphonique de l’album, l’introduction idéale pour le cinquième et dernier acte.

Act 5 : A new beginning

Un jour nouveau se lève alors. Avec « Hyyerra » d’abord, tout en douceur et volupté telle une rosée matinale. Puis avec « Up Up & Away » ensuite, énergique et vivifiant comme une brise printanière. En cette fin d’album, les sonorités lunaires et ténébreuses du début ont laissé place à un son nettement plus jovial, celui là même qui annonce l’arrivée d’un « nouveau commencement ».

Man On The Moon : The End Of Day est l’histoire d’un jeune homme qui, à force de regarder briller les étoiles, a fini par exaucer son vœu le plus cher : marquer un jour l’industrie du disque de son empreinte. Avec le talent, l’inspiration et la créativité, ce petit gars de 25 ans est parvenu à imposer sa propre vision de la musique. Son « Day N Nite » – pourtant très intimiste -, a fait danser des millions d’individus aux quatre coins du globe, apportant la preuve qu’une nouvelle ère est en marche. Je crois qu’on peut affirmer dès aujourd’hui que ce disque a toutes les cartes en main pour devenir le classique Hip Hop de demain. Nous avons eu l’avant Kid Cudi et dorénavant nous aurons l’après. Et entre les deux, il y a cette œuvre, d’ores et déjà assurée de marquer l’histoire de la musique urbaine.

18 / 20]

8 réponses

Souscrire aux commentaires via RSS.

  1. Très belle chronique.
    Concernant l’album,je peux dire que j’ai eu du mal au début avec ces sonorités bizarres pas très communs au Hip-Hop on va dire.Mais après l’avoir écouter plusieurs fois,je peux que c’est vraiment une bombe,quel univers qui se dégage,on le ressent très bien.cela faisait longtemps que je n’avais ressenti ça.
    Je vais suivre ce Kid car je pense qu’il a encore plein de ressources.

    Cyril

    octobre 8, 2009 à 7:03

  2. Oui j’ai vraiment hâte de voir ce à quoi ressemblera son deuxième opus.

    escobar56

    octobre 8, 2009 à 7:25

  3. Putain pas encore jeté une oreille là dessus, ta chronique donne envie donc va falloir que je fasse tourner ça chez moi ! Sinon ta chro commence comme celle de rap mag tu t’en es inspiré ? Bonne continuation Esco ;) Au fait on ne te vois plus donner tes avis sur 2k t’es fâché ou quoi lol. Bon sinon le 14 octobre il y a Is What qui passe à l’Ubu.

    Crazy Horus

    octobre 9, 2009 à 7:53

  4. Comme celle de Rap Mag ! Non, non j’ai pas vu. Puis à vrai dire je n’achète pas tellement Rap Mag, je suis plus Rap US.

    Sinon pour 2K je passe régulièrement sur le site lire les chroniques mais c’est vrai que depuis que le forum a coulé j’ai perdu l’habitude de laisser des commentaires. Mais t’inquiète, je passe tous les jours sur ton blog et d’ailleurs faudra que je laisse une série d’avis sur tes dernières chro.

    Puis concernant les concerts, j’ai en projet d’aller voir Hocus Pocus à Rennes le 22 et Afu-Ra à Nantes le 31 octobre.

    escobar56

    octobre 9, 2009 à 11:17

  5. Ouais celle de rap mag commence de la même manière j’ai pensé à toi. Passe quand tu veux sur mon blog c’est un plaisir. Y a de l’arrivage sur 2k toutes les semaines en ce moment dont quelques albums peu connus que j’ai chroniqué et qui devraient te plaire ! a +

    Crazy Horus

    octobre 9, 2009 à 2:42

  6. En fait plus j’y pense, plus je me dis que c’est un album d’electro-hop “tout public”. Le mec n’en demeure pas moins très original et réussit un tour de force là où Kanye West s’est mis le hip-hop à dos avec son charabia à l’autotune.
    C’est un album stellaire, celui d’un artiste qui aura j’espère une longue carrière.

    Sagittarius

    octobre 17, 2009 à 6:21

  7. c’est dingue comme nos 2 chroniques se ressemblent lol

    Sagittarius

    octobre 17, 2009 à 6:21

  8. Normal, j’ai tout piné sur la tienne ;p ;)

    escobar56

    octobre 17, 2009 à 10:15


Laisser un commentaire