Les chroniques d’Escobar56

Chroniques hip hop, soul, pop/rock & black music.

Mos Def – The Ecstatic 15/20

avec 7 commentaires


Débuter une nouvelle chronique après l’ouragan qu’a provoqué le décès de Michael Jackson n’est pas chose facile. Néanmoins, ce que je vais vous proposer ici n’est pas dégueu non plus. Pour dire vrai, cette critique aurait dû voir le jour bien avant, mais la disparition du roi de la pop m’a malheureusement contraint à repousser l’échéance. Toujours est-il que le 9 juin dernier était annoncé comme un grand jour pour les fans de hip hop puisque le Boogie Man faisait son retour avec The Ecstatic. Mais d’ailleurs, comment expliquer que chaque sortie estampillée Mos Def procure une telle excitation chez les hip hop headz ? Il est vrai que depuis la fin des années 1990, le rappeur jouit d’une réputation fortement méliorative bien que sa discographie ne soit pas encore très fournie (seulement quatre albums solos à son actif). Donc parfois, cette question me taraude et m’oblige à revenir en 1998, époque Rawkus Records, Black Star et Black On Both Sides. Voila trois arguments qui ont fait de Mos Def une valeur sûre du hip hop américain. En 1998 donc, Dante Terrell Smith -alias Mos Def- signe sur l’écurie Rawkus Records et s’associe avec un jeune Mc de 22 ans répondant au nom de Talib Kweli. Le duo Black Star est alors formé. L’album du même nom sortira en août 98, soit un mois après notre triomphe en Coupe du Monde. Tout comme la victoire de l’équipe de France, cet opus est magnifique. Un an plus tard, en novembre 1999, sort Black On Both Sides, le premier essai en solo du rappeur de Brooklyn. Le succès est immédiat. Les critiques le couvrent d’éloges. Mos Def vient là de réaliser le même coup de maître que Nas, en 1994 avec Illmatic. Depuis ce disque, jamais il n’aura réussi à refaire l’unanimité.

S’échappant vers des contrées rock sur The New Danger (2004), se prenant les pieds dans le tapis avec True Magic (2006), le nom Mos Def a nettement perdu de sa superbe en l’espace de 4/5 ans. Néanmoins, après l’échec commercial et critique de ce troisième opus, le rappeur demeure toujours aussi vénéré par les puristes de hip hop. Et si la carrière cinématographique de l’artiste décolle enfin, son parcours musical est en chute libre. Vous l’aurez compris et constaté, l’oiseau a du plomb dans l’aile. Alors autant le dire de suite, The Ecstatic ne mettra pas tout le monde d’accord. Et oui, c’est encore raté ! Seulement, avant de le fusiller de reproches, je souhaiterais répondre à toutes les critiques qui ont descendu en flèche ce quatrième effort. Honnêtement, vous vous attendiez à quoi de la part de Mos Def après The New Danger et True Magic ? A un album à la Black On Both Sides ? Impossible ! Qu’on se le dise une bonne fois pour toute, cette époque là est ter-mi-née ! Attention à ne pas s’y méprendre, The Ecstatic arrive après True Magic et non pas après BOBS ou Black Star. Alors après une première écoute, cet album ne m’a absolument pas surpris. Je dirais même que j’en suis (fort) satisfait. Le “fort” est entre parenthèses car évidemment, ça aurait pu être mieux. Le problème majeur venant principalement des beats.

Côté production, ce disque me fait sérieusement penser au New Amerykah Part One d’Erykah Badu, dans la mesure où plusieurs univers différents sont mêlés les uns aux autres pour former un produit final totalement psychédélique. Après réflexion, ces deux disques m’ont fait la même impression. Pour moi, The Ecstatic est la définition même de l’expression “c’est spé”. La présence de Madlib y est certainement pour quelque chose puisque le producteur était également de la partie sur New Amerykah. Il offre ici quatre instrumentaux, pour certain déjà connus puisqu’ils apparaissaient sur son Beat Konducta in India (Vol. 3-4), comme le génial “Auditorium” feat Slick Rick. Le meilleur storyteller de l’histoire du rap fait une apparition remarquée et remarquable, arrivant sur l’instrumental tel un vieux mage venu livrer ses rimes ensorcelées. Pour revenir aux beats de Madlib, ils contribuent -en toute logique vu leur provenance- à orientaliser l’album. “Wahid“, en plus de cette ambiance indienne, est doté d’une touche divine qui renforce la notion de psychédélisme dont je parlais tout à l’heure. Il est en de même pour “The Embassy“, très typé orient également. Le titre suivant est entièrement rappé -ou plutôt narré- en espagnol. Ici en revanche, l’atmosphère n’est pas castillane mais chinoise. Changement de producteur, bye-bye Madlib, hello Preservation. Cap sur le pays du soleil levant ! “No Hay Nada Mas” reflète à merveille l’hétérogénéité et le mélange des cultures auquel cet opus est soumis. Un noir américain qui chante en espagnol sur un air de musique chinoise, original non ? Preservation, fidèle collaborateur du Boogie Man depuis True Magic, fait du bon boulot en produisant l’excellent mais trop court “Priority” ou encore le single “Casa Bey“. Pépite de l’album, ni plus ni moins, ce titre jouit d’un instrumental hallucinant venu d’un producteur de rap. Des variations de rythmes à la pelle, des cuivres, des vents, du piano, des raps, des chants, ça part dans tous les sens ! Le retour au calme arrive aux alentours des 3min50. Une fin d’album détonante et époustouflante.

Voila pour la face lunaire et orientale de The Ecstatic. Les très réussis “Supermagic” et “Life In Marvelous Times” constituent les deux rocks de l’album tandis que “Twilite Speedball” et “Quiet Dog Bite Hard” en sont, pour moi, les deux gros déchets. Les trombones incessants de Chad Hugo sur le premier, combinés au beat néandertalien de Preservation sur le second m’irritent les tympans. Pour se relaxer, on leur préférera l’up-tempo “Pistola“, le très reggae “Workers Comp. ” -sur lequel Mos Def fait parler ses vocalises- ou encore le magnifique “History“. Cette ultime livraison de Jay Dilla réunie les Black Star le temps de deux couplets mélodieux et merveilleux. On notera juste que Talib Kweli vole la vedette à son pote sur ce coup là, faut bien l’avouer.

Pour ma pomme, The Ecstatic tient toutes ses promesses, ou presque. Ce quatrième solo est à l’image du Boogie Man : psychédélique, hétérogène, météorique, habité, différent. En un mot, extatique. Globalement, on peut dire que cet opus s’inscrit dans la lignée de True Magic, ce qui justement, aura le don d’énerver un paquet de monde. D’ailleurs, je tiens à préciser que ce disque –mis à part l’odieux packaging, je le conçois- était un album plus qu’honnête et non une infamie musicale comme on a pu l’entendre à tout va. Trop de propos infondés, voire moutonniers, ont circulé autour de cette œuvre simplement à cause d’une histoire de boîtier. Bref, là n’est pas le sujet. The Ecstatic est un bon album de hip hop et certainement le plus barré de l’année. Il n’y a que Mos Def pour proposer un rap aussi éclectique et franchement, ça fait parfois du bien de sortir des sentiers battus. Tout n’est pas parfait mais selon moi, aucun album de Mos Def n’était exempt de défauts, pas même Black On Both Sides.
Amis du Boogie Man et du fantasque, bienvenus. Les autres, passez votre chemin, l’extatique n’est pas pour vous.

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7 réponses

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  1. Salut Esco ! Comme je suis un “ami” du Boogie Man et que j’aime le baroque je suis comme tu l’as vu déçu. Comme tu l’as dis rien ne sert de fantasmer indéfiniment sur chaque sortie d’un album de Mos Def, il ne fera jamais mieux que BOBS on l’avait compris dès le début. Voilà même l’exemple concret du syndrome du premier album, comme il y a le syndrome du deuxième etc. Difficile de passer après une telle claque. Mais bon faisons la part des choses et laissons de côté cette merveille presque maudite, car côté barré il y a mieux cette année (P.O.S, Mr Lif…)D’ailleurs dans la disco de Mos, question originalité The Ecstatic est loin de The New Danger.
    J’ai trouvé ça presque bâclé mais vraiment emmerdant. Je ne développe pas plus tu connaîtras mon point de vue plus en détail sur 2k ! ;)

    Crazy Horus

    juillet 14, 2009 à 8:15

  2. Tiens Esco je fais comme pour Sagitt je te passe l’adresse de mon blog que j’ai créé en parallèle à 2k. J’y diffuse des chroniques publiées sur 2k et d’autres non. Je t’y invite donc. A +
    http://hiphopandyoudontstop.over-blog.com/

    Crazy Horus

    juillet 14, 2009 à 6:58

  3. Ah tu viens de l’ouvrir ?
    Ok, impec, je le met dans ma liste blogroll, sur la droite de mon blog. A+ donc.

    escobar56

    juillet 14, 2009 à 7:01

  4. ouais je viens de l’ouvrir vu que 2k est en “mode veille”…ça me permettra de mettre en ligne à la fois mes chros de 2k et d’autres que je fais pour mon blog.
    Merci à toi Esco ! je t’ai ajouté aussi. +

    Crazy Horus

    juillet 14, 2009 à 8:11

  5. Ouais bah euh… Cf ce que j’ai dit sur mon blog lol : prods inadaptés, Mos Def inspiré mais trop spontané et prend trop de libertés, pas d’ambiance typique de Brooklyn, des titres ennuyeux… Mais qq bonnes choses comme History, Casa Bey et Super Magic. Mais globalement, ça reste fade pour mes oreilles :s

    Sagittarius

    juillet 15, 2009 à 8:09

  6. 13/20
    Mes sons préférés : Auditorium (une bombe !!) et Life In Marvelous Times.
    J’ai détesté : Quiet Dog Bite Hard !!

    RemY

    juillet 15, 2009 à 2:01

  7. Tuerie ce skeud, j’arrete pas de le faire tourner depuis que je l’ai.. Ambiance super décalé et unique. Mos Def est décidement un rappeur qui surprend, et qui est toujours la où on ne l’attend pas.. Life In Marvelous Time est surpuissante pareil pour Auditorium. Bref Excellent un bon 17/20 pou l’instant

    Tizahh

    juillet 15, 2009 à 9:11


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