Disiz – Disiz The End 17/20

“ Hun, hun, hun / Hun, hun, hun / C’est Disiz The End, c’est le dernier album ”.
Le début est clair, cette fois c’est bien la fin ! Après neuf années de carrière, Disiz raccroche ! Pour lui, le chemin fut trop long, trop tortueux, trop difficile. Dans ce ”rap game débile”, les déceptions furent plus nombreuses que les réjouissances. Triste issue quand on sait que le Mc des Épinettes était un des meilleurs acteurs de la scène française. Depuis 1997 et son premier tube “J’pète Les Plombs“, il nous avait habitué à un rap intelligent, frais et humoristique. En presque dix ans de bons et loyaux services, Disiz aura tout connu : la gloire du premier album (Le Poisson Rouge), les disques d’or, la traversée du désert, les incompréhensions (son second essai Jeu 2 Société), les retours couronnés de succès et même les Victoires de la musique (en 2006 pour Les Histoires Extraordinaires D’un Jeune De Banlieue). Tout cela pour dire que le rap, il en a fait le tour. Aujourd’hui, plus rien ne l’attire dans ce milieu et demain, plus rien ne pourra le surprendre. La boucle est bouclée, c’est Disiz The End, c’est le dernier album !
Mais avant les adieux larmoyants, il reste ce dernier effort à écouter. Et ça, ce n’est pas triste ! En réalité, ce souhait d’arrêter le rap ne date pas d’hier. Depuis Les Histoires Extraordinaires D’un Jeune De Banlieue, Disiz avait prévenu (et prévu) d’un hypothétique départ. Je me souviens l’avoir entendu dire à une certaine émission que si cet album (Les Histoires Extraordinaires…) ne marchait pas (cf. Jeu 2 Société), il mettrait un terme à sa carrière. Or, malgré les bons retours et sa Victoire de la musique, rien ne l’aura fait changer d’avis.
Après écoute de ce cinquième album, on comprend mieux les raisons de cette fin anticipée. Disiz y revient longuement, souvent de manière personnelle. Mensonges, jalousies, déceptions, menaces, actes manqués, incompréhensions… les arguments ne manquent pas. Le ras-le-bol aura pris le pas sur la passion, à notre plus grand dam.
Étonnamment, Disiz The End nous présente un Mc tel que nous ne l’avions jamais connu. Intime, sûr de lui, déterminé, remonté, Disiz fait même dans l’égo trip ! Un instant, cet opus m’a fait penser à une phrase qu’Aimé Jacquet aimait dire à Robert Pires : ” Muscle ton jeu Robert, muscle ton jeu ! ”. En quatre ans d’absence, j’ai le sentiment que Disiz a musclé son rap. Et pas seulement son rap d’ailleurs, ses biceps aussi ! En s’alliant avec des producteurs comme Canardo (frère d’une certaine Fouine), Dave Daivery et Astronote, Disiz est monté en puissance, ses productions également. Autre contentement de ce disque : la durée des morceaux. Alors que Les Histoires Extraordinaires D’un Jeune De Banlieue présentait de courts récits parfois légers de contenu, Disiz The End propose un retour à un hip hop pur et dur, lourd en freestyles et en flows.
“Alors Tu Veux Rapper” – plutôt la première partie – fut un des premiers morceaux à être mis sur la toile. Il y avait bien longtemps qu’un instrumental de rap français ne m’avait pas autant emballé que celui ci. Dommage qu’il ne se prolonge pas tout au long du titre. S’en suivent quatre couplets aux allures de freestyles, tout aussi intenses. Une rétrospective de près de 7 minutes dédiée au rap, à ses techniques, à sa passion, à son influence. Un grand moment de hip hop frenchy.
Ensuite, Canardo produit la “Bête De Bombe 4“, gros banger dans un délire à la “J’pète Les Plombs“. Un vrai bon égo trip. L’égo trip justement est réellement un des composants de ce dernier album. Toujours réalisé avec pertinence, maitrise et intelligence chez Disiz, on en retrouve également sur le premier single “Il Est Déjà Trop Tard“, produit par Astronote. Mc libéré, décomplexé, Disiz s’expose et se dévoile : ” J’ai donné beaucoup, j’ai beaucoup perdu / Je ne dois rien à personne, j’me suis jamais vendu / Je suis venu, j’ai vécu, j’ai vaincu, OK / J’ai rêvé, j’ai tenté, j’ai raté, OK / Qui me regrettera ? Qui me pleurera ? / J’te parle de la vie, j’te parle pas de peu-ra ”
La musique guérit les maux, les mots guérissent les maux ! Le Mc des Épinettes se livre à cœur ouvert sur le sombre et dramatique “27 Octobre“. ” Alors pour être honnête, voilà pourquoi j’arrête “. Je n’ajouterai rien de plus, cette rime suffit à décrire l’intégralité de la chanson. Comme Disiz le dit dans le livret de l’album : No comment !
Disiz The End est à coup sûr le chapitre le plus personnel de la discographie du rappeur. Je perçois vraiment cet album comme une thérapie, comme un moyen de se débarrasser de ce qui a pu le hanter durant ces longues années. L’époque de “J’pète Les Plombs” est révolue. Le Mc n’a plus tellement la tête à la déconnade. Disiz The End est là pour mettre un point d’orgue à la carrière rapologique de l’artiste et en finir avec ses vieux démons. L’atmosphère est souvent électrique voire tendue, surtout en fin d’album. “Quand Le Peuple Va Se Lever“ fait l’état des lieux d’un monde appauvri et inégal alors que “Le Monde Sur Mesure” met en scène un homme au discours presque féministe, rappant sur un instrumental oppressant, fait d’orgues et de synthétiseurs obscures. Le texte est magnifique, voyez plutôt cet extrait : ” Les hommes sont des gros bâtards envers les femmes / Ils leur mentent, ils les trompent, les forcent, les violent, les frappent / Ensuite jouent les bonshommes, pleins d’orgueil et d’hormones / Et se tirent comme des faibles dès qu’on leur parle d’un môme ”. Qui a dit que les rappeurs étaient tous d’odieux machos ?
Jusqu’à présent, je vous ai uniquement présenté le coté sombre de Disiz The End, mais il fait savoir que cet opus n’est pas seulement un catalogue d’adieux et d’aveux déchirants. Le milieu du disque contient une poignée de morceaux légers (dans le bon sens du terme), planants et relaxants comme le teenage “L.O.V.E.” (feat. Humphrey), le très bon “Papa Lova“, le laid back “Temps Précieux” et l’excellent “J’ai Changé” (feat. Ribcage). A noter que tous ces titres sont des rétrospectives d’évènements passés, datés, preuve que désormais, la carrière rapologique de Disiz est derrière lui. Sans surprise, l’album se referme sur le ténébreux “Disiz The End“, ultime rap du Mc des Épinettes. Néanmoins, dans la dernière minute du morceau, il laisse entrevoir ce à quoi ressemblera sa future direction artistique, car n’oublions pas que l’artiste arrête le rap mais pas la musique. L’homme semble s’être trouvé une voie dans le monde de l’électro, et dans la foulée, un nouveau pseudonyme : Peter Punk ! Espérons que cet univers lui convienne mieux.
” La fin du monde, la fin du cycle, la fin du titre… ”. Jamais au grand jamais je n’avais senti un Mc aussi dégouté par le rap game. Cet opus deviendrait presque dérangeant tant Disiz y paraît à bout, écœuré, abattu par un univers qui lui fut, en fin de compte, totalement inapproprié. On dit souvent que c’est lorsqu’un artiste est au fond du gouffre qu’il réalise ses meilleurs travaux. Ici en l’occurrence, c’est à la fois vrai, à la fois faux, car bien que cet album demeure un remarquable projet, les précédents l’étaient tout autant. Seulement, Disiz The End se veut davantage percutant dans la mesure où il vient refermer la saga d’un rappeur hyper talentueux sur une note particulièrement intime. Ce disque est un livre ouvert sur les plaies qui ont torturé un homme au point de le pousser à tourner une page de sa vie. Au jour d’aujourd’hui, Disiz La Peste n’est plus. Disiz The End marque la fin d’une époque, la fin d’un son, la fin d’un Mc. Il clôture de façon brillante le parcours exemplaire d’un artiste qui manquera énormément au rap français, qui plus est avec l’actuelle conjoncture. J’espère de tout mon cœur que l’avenir lui sera radieux parce que honnêtement, il le mérite. Peu importe le pseudonyme, le registre et l’attitude, Sérigne M’Baye est un grand, et il le restera.
Ah, dernière chose. Si comme moi vous constatez avec tristesse le déclin du rap français, que vous croyez un temps soit peu en son redressement, que vous vous battez pour sa survie et que cet album vous intéresse, achetez-le !
17 / 20
Très bonne surprise ce disque,vraiment bon.
Un rap a cœur ouvert pour résumé l’album je pense.Pour ma part,j’ai laissé un peu tombé le rap français vu ce que l’on nous propose maintenant(bling bling).Mais ce M’sieur m’a vraiment donner de bonnes sensations avec son opus,dommage que ce soit son dernier.Le 17.5 lui est amplement mérité.
cyril
juin 22, 2009 à 8:25
Je trouve ta chronique très bien, je suis d’accord avec toi sur de très nombreux points.
Je te cosigne sur ton dernier paragraphe, cet album vaut vraiment la peine d’être acheter.
abdool
juin 22, 2009 à 9:29
Excellente chronique, album géant, et en ce qui concerne le dernier paragraphe, je ne l’aurais pas mieux dit moi-même ^^
Enfin un bon album de rap français ! A acheter, ne serait-ce que pour la survie du genre.
Siger
juin 24, 2009 à 12:53
J’ai aimé la première partie de l’album par contre après pour un album de fin c’est ultra classique et assez naze
Nightroad
juin 26, 2009 à 8:48