Les chroniques d’Escobar56

Chroniques hip hop, soul, pop/rock & black music.

Scarface – Emeritus 15/20

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Et de onze ! L’air de rien, les débuts de Scarface commencent à dater. Il nous faut remonter jusqu’à 1991 et Mr Scarface Is Back pour revoir les premiers pas en solo de l’ogre de Houston. Logique qu’après dix huit albums (en solo et avec les Geto Boys), Monsieur songe à la retraite. Et pourtant, croyez moi sur parole, il en a encore sous la semelle le bonhomme. M.A.D.E nous l’avait prouvé l’an dernier, et sa nouvelle livraison, Emeritus, ne fait qu’appuyer mon argument, voir même le sublimer. Toujours aussi percutant au mic, affûté dans son phrasé et hilarant dans ses punchlines, Scarface n’est pas de ceux qu’on souhaiterait voir partir. Réel coup de vieux ou simple coup de blues, il semblerait que l’artiste n’ai plus ses jambes de vingt ans. Emeritus, qui signifie vieillard en anglais, s’apparenterait presque, à première vue, à un hymne au troisième âge. Mais comme il ne faut pas se fier aux apparences, j’ai décidé de chroniquer son nouvel album. Review !

Comme pour M.A.D.E ou une bonne dissertation, le schéma est simple : Intro – Développement – Conclusion. C’est propre, net et sans bavures. Comme pour M.A.D.E (encore), l’intro débute par une causerie de J. Prince reprenant quasiment la même mélodie. Variante cependant : la longueur de cette introduction. Ici, J. Prince déblatère pendant quatre minutes avant que ne démarre “High Powered” feat. Papa Rue, premier banger du disque. L’ambiance est très street, les grosses caisses permettent quelques rotatives crâniennes et la voix de Papa Rue quelques esquisses vocales. L’entrée en matière se passe bien…
Deuxième piste et deuxième banger, sauf que là, le casting est plus édulcoré, plus ‘rose bonbon’ quoi. Tenez vous bien ! Cool & Dre aux mannettes, Scarface, Lil Wayne et Bun B au micro, ça présage du lourd, non ? Et en effet, le résultat est à la hauteur de nos espérances, même si il n’y a pas de quoi “se taper le cul par terre”. Pardonnez ma vulgarité mais quand vous écouterez “High Note” il faudra bien que vous soyez prévenu. Sur cette excellente production de Jake One, le maître nous conte avec humour un récit sexuel, à l’extrême limite du pornographique. Et si la chanson ne vous suffit pas, je vous conseille de visionner le clip, si toutefois vous avez plus de dix huit ans.

Dans un registre nettement plus sérieux, Nottz (décidément très affûté ces derniers temps) fait don d’une nouvelle merveille avec “Can’t Get Right“. Parmi les cœurs et les rythmes de batterie, Scarface dresse une frappante tragédie, magnifiée par un sublime refrain du grand Bilal. Une fois de plus, regardez, si vous le pouvez, le vidéo clip, excellemment bien fichu. Si ce morceau met une gifle sévère, que dire de “Soldier Story” ? Dans cette chanson, ‘Face, accompagné de Z-Ro et de The Product, relate avec franchise et émotion l’infamie des blocs et de ceux qui y (sur)vivent. Le travail de Tone Capone à la production est remarquable, au point de faire de ce titre le meilleur de l’album. Par ailleurs, le légendaire producteur de Virginie, Nottz, revient sur “Still Here“, autre récit retraçant la dure réalité des ghettos.

Pour être clair, Emeritus est un album où plusieurs excellents titres trouvent leur place parmi d’autres, plus communs. C’est le cas notamment de “It’s Not A Game” et de “Who Are They” feat. Slim Thug & K-Rino. Pour le coup, on ne peut pas dire que Illmind (producteur sur ces deux morceaux) est été très inspiré. Ces deux pistes se suivent et se ressemblent fortement. Musicalement parlant, elles sont bâties exactement sur le même mode : notes de piano très froides et grosse basse en fond sonore, on a connu plus original. Par contre, la palme du titre le plus étonnant revient à “Unexpected” produit de main de maître par Sha Money XL, ancien manager et président du G-Unit. Ici, Scarface fait ressortir son coté gangster, aidé par le puissant instrumental et sa voix virile. D’ailleurs, je trouve regrettable que l’opus ne se soit pas terminé sur ce morceau. A la place de cela, on a droit à un “Emeritus” fort dispensable selon moi, précédant le désormais classique générique de fin (“Outro“).

Une fois le disque terminé, l’heure est au bilan. Malgré quelques petites imperfections par ci par là, Scarface s’en sort haut la main, offrant à son auditoire un produit travaillé, homogène et bien ficelé. Evidemment, les plus nostalgiques préféreront revenir sur sa période Geto Boys mais globalement, Emeritus tient la route. En fin de compte, ce onzième solo est la suite logique de M.A.D.E, qui avait déjà conquit la critique l’année dernière. Comme je l’ai dit, cet album est un produit cohérent dans lequel d’excellentes chansons englobent d’autres, plus moyennes. Au final, Emeritus est une œuvre très facile d’accès et extrêmement plaisante à écouter. Mais lorsque la platine s’arrête, un tout autre sentiment nous submerge. Sommes nous en train d’écouter les derniers titres de la carrière de cet artiste de légende ? Pour l’intéressé, il est clair que oui. Il a énoncé publiquement, il y a quelques mois, son désir de se retirer du rap game. Mais comme on est jamais sur de rien dans le hip hop, on peut espérer, que, un jour, peut être… Enfin bref, on verra bien ! Et quoi qu’il en soit, Scarface mérite bien nos félicitations pour cette carrière exceptionnelle. Il laisse derrière lui une œuvre difficilement égalable, des classiques à la pelle, des écrits intemporels et surtout, une ville, Houston, magnifiée de son empreinte après vingt ans de bons et loyaux services.

Monsieur ‘Face, si jamais on ne se recroise pas, je souhaiterais juste vous dire une chose : Merci !

15 / 20

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