Termanology – Politics As Usual 16/20

Jeune rookie d’origine porto-ricaine, Termanology a su faire ses classes à bonne école. Il fut en effet repéré en 2003 par le légendaire DJ Premier à force d’enchaîner les mixtapes de qualité. Commencant à se faire un nom dans le milieu de l’underground new-yorkais, il tapa dans l’œil de bon nombre de producteurs dont Primo, véritable génie des platines. Ce qui séduit principalement dans le style du jeune MC c’est ça faculté à s’adapter à diverses productions, faisant part de son excellente technique et de ses punchlines pertinentes. Fortement influencé par des artistes comme Nas, Biggie, Gangstarr, Pete Rock ou Big Punisher, Termanology se présente en ce début de millénaire comme la digne relève de la côte Est, région ayant particulièrement de mal à renaître. C’est ainsi que le porto-ricain gravit les échelons, toujours suivit de près par les producteurs les plus prestigieux de la grande pomme. A l’annonce de la sortie de son premier album, beaucoup de gens voyaient en lui le nouveau prodige qui allait sortir un classique de la trempe d’Illmatic. Tel Nas en son temps, Termanology a réussit à s’entouré de la crème des producteurs pour confectionner Politics As Usual, premier disque extrêmement attendu par tout le milieu underground.
Pour cet opus, le petit gars a vraiment souhaité mettre toutes les chances de son coté pour réaliser le meilleur projet possible. Sachant ceci, nous comprenons mieux la présence de DJ Premier, Havoc, Pete Rock, Large Pro et j’en passe, à la production de ce disque. Politics As Usual porte en lui l’espoir de voir renaître le son new-yorkais qui a fait les plus belles heures du hip hop. Seul absence à signaler, Statik Selektah, grand pote du MC et producteur de ses streets albums. On en déduira que ce dernier n’était sans doute pas à la hauteur pour participer à un tel labeur. Plusieurs morceaux furent délivrés bien avant la sortie officielle comme ce troublant “How We Rock” invitant Bun B et Primo à la prod. Ce titre fait partit des trois produit par le DJ et c’est certainement le moins bon, tout proportions gardées bien évidemment. Un peu redondant dans la vibe et pas toujours accrocheur, ce titre ne fait pas mouche à première vue. Le deuxième extrait est de nouveau marqué de l’empreinte de Premier et a pour nom “So Amazing“. Enfin le morceau tant attendu dont tout un peuple de puristes rêvaient. Enfin l’excellence atteinte. Primo offre là un instrumental génial dont lui seul à le secret : scratches hallucinants et samples charcutés à la perfection. Ajoutez à cela une bonne performance de Termanology et vous obtenez un des meilleurs titre de l’année. Quitte à parler des productions de DJ Premier, autant faire d’une pierre deux coups. L’ultime piste voyant l’ex-Gangstarr aux platines n’est autre que “What How It Go Down“. Tenez vous bien, ce morceau arrive juste après la courte introduction, rien de tel pour entamer un disque à la perfection. Autant le dire de suite, “What How It Go Down” est pour moi la plus belle réussite de ce Politics As Usual. Il y a bien longtemps qu’il ne m’avait pas été donné d’écouter une telle chanson. Un chef d’œuvre.
Si Primo a réussit son travail, on ne peut malheureusement pas en dire autant de tout le monde. Je vise notamment Hi-Tek et son “In The Streets” ( feat. Lil fame ) plus que commun ou encore Havoc sur “The Chosen“. Malgré le fait que ces morceaux soient relativement bons, on sent que les deux producteurs ne se sont pas véritablement foulés. Et quant on à des noms aussi prestigieux que ces deux là, l’exigence est doublée. Pour réaliser un classique il faut encore que tous les titres soient à la hauteur, or là la différence de niveau est parfois flagrante. Ceci est valable aussi bien sur le plan musical que sur le plan artistique. En effet Termanology se fait dépasser par pratiquement tous ses invités, chose légèrement embarrassante quant il s’agit de son propre album. L’exemple le plus parlant est le titre voyant la présence de Prodigy, “Hood Shit“. Le problème de ce morceau est que The Alchemist a réalisé un beat typiquement Mobb Deepien ce qui est excellent pour Pee, moins pour Termanology. Celui-ci débute puis lorsque Prodigy entre en scène le morceau prend une tout autre dimension. Habitué à ces instrumentaux très “dark” et angoissants, le prodige est dans son univers alors que Termanology peine à rendre son couplet palpitant. Autre preuve sur l’excellent “Drugs, Crime & Gorillaz” produit par Nottz ( qui fait du très bon boulot sur l’opus ). Notre rookie de circonstance entame le morceau et rappe même à la Eminem sur “The Way I Am” ce qui est techniquement excellent mais pareil, lorsque Sheek Louch et Freeway posent à leur tours, le jeune novice ce fait dévorer. Ceci est le deuxième point noir de Politics As Usual. A vouloir trop bien faire, Termanology en a oublié parfois l’essentiel. L’auditeur pourra ressentir un manque de charisme certain derrière le mic, la faute surtout à un flow forcé et peu naturel, malgré une technique irréprochable. Cette observation se ressent en particulier sur les featurings ( “Hood Shit“, “Drugs, Crime & Gorillaz“, “In The Streets” ).
Ceci étant, l’ensemble reste néanmoins de qualité, en atteste le terrible “Please Don’t Go” produit par Nottz. Ici par exemple, tout va bien. Le MC semble à son aise sur cette pépite du producteur de Norfolk. D’autre part, si une chose contribue à rendre ce disque intéressant, il s’agit bien de la variation des sonorités. En effet, Termanology n’a pas souhaité camper sur un type d’ambiance précis comme on pu le faire les Mobb Deep dans le passé. Les teintes varient, allant du purement hip hop (“What How It Go Down“) au plus festif et lumineux ( “Respect My Life“, “Float” ) en passant par le sombre ( “Hood Shit” ) et l’émotionnel ( “Sorry I Lied To You” ). Et justement, parlons en de ce morceau. L’alchimie est parfaite entre Termanology et Large Pro. Une atmosphère se dégage rapidement et un sentiment de calme et d’apaisement laisse infuser nos oreilles, littéralement sous le charme. Quant à Pete Rock, il pond le bon “We Killin’ Ourselves” aux effluves old school.
L’écoute s’achève sur “The Chosen” produit par la moitié de Mobb Deep, Havoc. L’attente de cet album fut longue et l’heure est désormais au jugement. Termanology avait annoncé que Politics As Usual serait un ras de marrée underground, une sorte de Illmatic version 2008. A priori, ce n’est pas la cas. Comme j’ai pu le développer précédemment, certains titres ne portent pas leurs fruits et déçoivent littéralement. Le casting de cet opus était tout simplement incroyable et le jeune rookie avait les armes en main pour réaliser un classique, son classique. Au grand dame des puristes et des amoureux du son new-yorkais ce disque est trop irrégulier pour mériter le statut qu’on lui prédisait. Rageant, frustrant, navrant, dommage, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier notre état d’esprit après l’écoute de ce Politics As Usual. Si tout n’est pas parfait, l’album se classe néanmoins parmi les meilleures sorties East coast de l’année. Pour un premier essai ça n’est pas mal du tout. Il ne manque plus qu’à améliorer le charisme et quelques petits détails et le résultat sera excellent. Dur, dur d’être un champion semble t-il. Avec tout ces conseils, Termanology saura revenir plus fort pour son deuxième album, espérons le en tout cas. Ceci étant, remercions le quand même de nous avoir fait vivre ce très bon moment strictly Hip Hop.
16 / 20
Super album, super prods et super invités (surtout bun b moi qui est un grand fan de lui).
Je met un 16/20 moi aussi.
RemY
juin 17, 2009 à 2:59