Nas – Untitled 15,5/20
Frères et sœurs, j’ai fais un rêve. Le notre, celui du peuple noir. J’ai vu nos enfants, nos coutumes, nos cultures et notre histoire. Je suis remonté dans le passé et là, mon rêve a viré au cauchemar. Je me suis souvenu de la traite imposée aux noirs. Quatre cent années d’asphyxie, de dénigrement, de souffrance et d’inégalités. Quatre cent ans mes frères, c’est le temps qu’à duré l’esclavage.
Ils nous croyaient inférieurs, nous comparaient aux singes, ils nous imaginaient trop différents pour faire partie de la race humaine et par conséquent, nous ont fait subir les pires injustices. Mes amis, les plaies de cette longue et interminable époque sont profondes et même de nos jours le sang continue de couler.
Par la suite, l’évolution du temps et des mœurs ont amené de nouvelles expressions, plus ou moins dégradantes. C’est ainsi qu’au cours du XXème siècle, les Etats-Unis ont vu la naissance du terme « Nigger », qualificatif indescend visant les minorités noires, nous en l’occurrence. Au début, le mot fut employé avec toute la péjoration qu’on lui connaît mais le poids des ans fut tel que la triste réalité apparue peu à peu ; l’expression c’est d’abord généralisée puis banalisée, entraînant son emploi fréquent. A l’heure actuelle, bien que l’appellation soit relativement courante, elle n’en reste pas moins tabou, à tel point qu’il devient préférable de parler de N-word plutôt que de « Nigger ». Derrière ces six lettres se cache un immense gouffre qui subsistera quoiqu’on fasse, qu’on dise ou qu’on pense. Six lettre ou le reflet d’une des facettes de l’atrocité humaine. Parmi ceux qui utilisent ce mot au quotidien, je pense que la majorité agissent sans réellement prendre conscience des conséquences que peuvent avoir l’emploi d’un tel mot.
Si je vous ais tous réunis ici aujourd’hui mes amis, c’est pour qu’enfin une justice soit faite dans ce bas monde. Mes bien chères sœurs, mes bien chers frères, il y a quarante cinq ans, un pasteur afro-américain a également fait un rêve, il a quarante cinq ans Martin Luther King souhaitait voire ses quatre jeunes enfants vivre un jour dans une nation où ils ne seraient pas jugés pour la couleur de leur peau, mais pour le contenu de leur personne. Le temps est passé mais le mal perdure. Il est désormais temps de panser nos blessures et de lier la parole aux actes. Nous avons le pouvoir de changer les choses alors faisons-le. C’est dans cette optique que j’ai choisis de baptiser mon nouvel album Nigger… »
La suite de l’histoire, vous la connaissez tous plus ou moins. Lorsque l’enfant de Queensbridge a annoncé publiquement l’intitulé de son neuvième solo, les polémiques ont fleuri presque aussi rapidement que les cheveux sur le crâne de Patrick Poivre D’Arvor. Et malgré le soutien d’un grand nombre, y compris celui de sa maison de disques, la censure n’a rien voulu entendre. Après maintes tentatives, c’est donc sans titre que s’apprêtait à être livré aux auditeurs cet album très engagé politiquement. Les premiers morceaux disponibles sur Internet ( « Be A Nigger Too », « N.I.G.G.E.R. The Slave & The Master » ) combinés aux différents discours de Nas laissaient entrevoir un projet aussi sombre qu’engagé mais quand le premier single ( « Hero » ) paru, un vent d’ironie se mit à souffler. Cependant, l’habit ne fait pas le moine alors ne laissons pas les préjugés nous envahir. Je ne vais pas vous mentir, Nasir Jones (enfin sa musique) et moi c’est presque une histoire d’amour, alors c’est tel un aveugle qui essaye de voir que je fais la critique de son nouvel opus. Impressions :
« Queens Get The Money » ouvre le bal ! Jay Electronica que certains voient comme le digne successeur de J. Dilla se charge de produire cet à capela qui ma foi plonge remarquablement l’auditeur dans la plus classieuse des ambiances. RZA et Nas se seraient-ils donné le message en voulant reprendre tous deux « Message From A Black Man » des Temptations ? Va savoir. En tout cas, la version de Mr Jones ( « You Can’t Stop Us Now » ) aura le mérite d’être plus prestigieuse car elle voit la présence des ancêtres du rap, les Last Poets, que l’on retrouve d’ailleurs sur « Projetct Roach » (Prod. Eric Hudson), excellent morceau tout en volupté et en douceur porté par la sincérité du phrasé des derniers poètes : « It is absolutely silly, and unproductive / To have a funeral for the word “nigger” / ‘Cause niggers – Dont die »
La volupté, la classe, le sérieux justement, c’est pour moi ce que l’on remarque en priorité dans ce Untitled. Nas l’a parfaitement compris, c’est pourquoi il nous place très intelligemment quelques titres plus légers dans le but de « faire kiffer » l’auditeur. Et oui, la musique sert aussi à danser. « Make The World Go Round » illustre mes propos. Nasir Jones partage ici son mic avec le californien The Game et le jeune Chris Brown le temps d’une escapade ensoleillée, sympathique. Dans le même acabit, « Breathe » se veut relaxant. L’instrumental proposé par J. Myers jouit d’un coté laid-back apaisant bien que le titre ne figure pas parmi mes coups de cœur de l’album. Coté ambiance et tempo, on ne peut pas en dire autant du terrible « Sly Fox », véritable attaque verbale menée le plus pertinemment possible par notre parolier. Idéalement servit par les guitares électriques de Stic.Man des Dead Prez, Nas déverse un contenu acide sur la chaîne Fox News qu’il juge comme incompétente et pitoyable. Remarquons que pour ce disque polémique, Nas n’a pas choisit ses invités par hasard. En effet, Stic.Man n’est autre qu’un immense combattant des injustices raciales et de l’hypocrisie gouvernementale tout comme son camarade M-1. On le retrouve également sur le symbolique « Untitled » et sur le merveilleux « We’re Not Alone » Feat. Mykel.
Si un jeune en pleine découverte du maître new-yorkais passe lire cette chronique, je me dois de lui donner envie, ça va de soi. Alors coté coup de cœur, je conseille « Fried Chicken » et sa production sublime livrée par l’orfèvre Mark Ronson. Bien que le thème de ce titre ne soit pas particulièrement recherché Nas et Busta Rhymes laissent couler leur flow sur cette pépite de Mark Ronson. Un régal ces Fried Chicken ! Par ailleurs le représentatif « N.I.G.G.E.R. (the slave and the master) » rassemble tous les critères pour faire un excellent morceau : paroles, musique, flow : tout est parfait, rien à redire.
En cette période d’élections aux Etats-Unis, le N-Word est plus que jamais d’actualité du fait de la présence de Barack Obama à la tête du parti démocrate. Plus qu’un fait, ces résultats sont un symbole, celui d’une Amérique en progrès et en changements. Alors en bon défenseur des siens et du racisme, Nasir Jones ne pouvait guère passer à coté de cet homme au charisme impressionnant. « Black President » clôture les hostilités et apporte une touche d’espoir supplémentaire : « Yes We Can…Change The World ». En reprenant le slogan du possible futur président des Etats-Unis, Nas cherche aussi à croire lui-même et à faire croire aux gens que les choses peuvent changer. Sur le refrain, DJ Green Lantern, producteur ici, ressuscite même 2Pac en samplant quelques unes de ses rimes, comme quoi tout est possible.
Ce neuvième effort du génie de Queensbridge s’achève sur les mots suivants : « It is my distinct honor and privilege to introduce the next President of the United States : Barack Obama.” Nas veut y croire, les américains veulent y croirent, le monde veut y croire. Il y aura-t-il un jour une justice dans ce monde ? Personne n’a le pouvoir de le savoir mais chacun d’entre nous à le droit de l’espérer, c’est ce qu’à cherché à démontrer Nas dans cet album. Nigger a fait parlé de lui, Nigger a fait couler de l’encre mais au fond son auteur à réussit ce qu’il souhaitait entreprendre à savoir mettre le doigt là ou ça fait mal, là ou les gens ont peur de se risquer. Il n’y a qu’en tentant des choses que l’on peut y arriver, la preuve étant la présence de Barack Obama aux élections présidentielles. La musique est faite pour qu’on se sente bien, pour qu’on prenne du plaisir mais aussi pour faire passer des messages. C’est principalement ce que font les rappeurs et Nas en particulier. Tel Malcolm X ou Martin Luther King en leurs temps, l’enfant du ghetto s’est voulu porte-parole des siens et des minorités noires bafouées et torturées il y a de cela des centaines d’années. Et rien que oser consacrer un album entier à un sujet aussi difficile que celui-ci, c’est respectable.
Chacun d’entre nous a le droit de rêver et il parait même que certaines fois les rêves se réalisent, alors…
15,5 / 20

Pour ma part j’ai pas été emballé par l’album.
Le hic se retrouve surtout sur le choix des prods de Nas, car au niveau du mic le mec reste tjs aussi fort et j’aurais encore aucun de reproche a lui faire là-dessus alors que certains beats de cet album sont fades et sans saveur pour ma part.
Autant j’ai kiffé entendre Nas sur des beats soulful comme le son avec Tre Willians sur HHID qui étais trés réçu par exemple mais là y’a de vrais loupés j’trouves.
D’ailleurs, il manque aussi la grosse bombe de l’album alors que par exemple HHID avait au moins Black Republican par exemple
Mais j’ai quand même kiffé quelques sons comme Sly Fox, Nigger, Queens Get Money, Fried Chicken mais au final c’est une nouvelle déception sur un album de Nas
14/20
la derniere satisfaction de Nas remonte a God’s son pr moi, fait loin tout ça quand même …
The HeatMakerz
août 26, 2008 à 9:44
PAS encore écouté cet album, mais bon NAS c’est NAS, impossible de faire l’impasse sur THE MC NASIR !!!
fugeela
novembre 16, 2008 à 9:16